Publié le 17 octobre 2024 | Mis à jour avril 2026
Les changements climatiques désignent les modifications durables des conditions météorologiques, principalement causées par l’augmentation des gaz à effet de serre due aux activités humaines. Cela entraîne une élévation des températures mondiales, des événements climatiques extrêmes plus fréquents et une accélération des risques pour le secteur de l’assurance.
CONTEXTE
Une accélération sans précédent des risques climatiques
Ces dernières années, on observe une augmentation significative des températures mondiales. L’année 2023 s’est distinguée comme l’année la plus chaude depuis l’ère préindustrielle — un record immédiatement battu en 2024 selon le service Copernicus. Les risques associés à l’élévation du niveau de la mer pourraient affecter 680 millions de personnes résidant sur les zones côtières d’ici 2100. Sur le marché français, le risque d’inondation et de submersion marine est estimé à 54 milliards d’euros sur la période 2020–2050.

Les années 2022 et 2023 révèlent une tendance à la hausse, avec respectivement 1 539 et 1 621 événements enregistrés. Cette dynamique s’est confirmée en 2024 avec des inondations record en Europe centrale et des sécheresses prolongées dans le bassin méditerranéen.
Coûts récents des événements majeurs sur le marché français

MODÉLISATION
Évaluation des risques : des difficultés accrues
L’évaluation des risques climatiques pose plusieurs défis majeurs aux assureurs. L’incertitude et l’imprévisibilité des événements extrêmes compliquent les modèles actuariels traditionnels. En 2024–2025, plusieurs grands assureurs européens ont noué des partenariats avec des startups climatetech spécialisées pour affiner leurs outils de tarification grâce à l’IA.

ENJEU CENTRAL
Le risque de non-assurabilité
La non-assurabilité se réfère à des risques trop élevés pour être couverts. Les secteurs particulièrement vulnérables sont l’agriculture et l’immobilier en zones côtières. L’incertitude des modèles, exacerbée par le changement climatique, complique la tarification adéquate des polices d’assurance.
Les coûts économiques élevés associés aux sinistres dépassent progressivement les capacités financières des assureurs et des réassureurs, les poussant à limiter leurs couvertures dans les zones à haut risque climatique.
Cas d’étude récents
France — Sables-d’Olonne Depuis janvier 2024, la collectivité ne bénéficie plus d’assurance couvrant les dommages liés aux catastrophes climatiques. Un précédent qui interroge sur les communes côtières similaires.
États-Unis — Californie State Farm et Allstate ont cessé d’accepter de nouveaux contrats. Les incendies de Los Angeles de janvier 2025 ont accéléré ce retrait massif du marché californien.
Australie Après les méga-feux de 2019–2020, plusieurs régions rurales font face à des primes multipliées par 3 à 5, ou à une impossibilité de s’assurer contre les risques incendie.
Europe centrale (2024) Les inondations record de septembre 2024 en Autriche, Pologne et République tchèque ont remis en question la couverture dans des zones jusqu’ici peu exposées.
Mise à jour Janvier 2025
Les incendies dévastateurs de Los Angeles ont provoqué des pertes assurées estimées entre 30 et 50 milliards de dollars — potentiellement le sinistre assuré le plus coûteux de l’histoire des États-Unis. Cet événement accélère la remise en question du modèle assurantiel dans les zones à risque climatique élevé.
SOLUTIONS
Les réponses et adaptations de l’industrie
Captives de réassurance Permettent aux entreprises de couvrir les risques non pris en charge par le marché traditionnel, avec gestion optimisée et incitation à la prévention proactive.
Assurances paramétriques Versent des indemnités basées sur des paramètres mesurables (précipitations, magnitude sismique…), déclenchant automatiquement l’indemnisation dès qu’un seuil défini est atteint.
Partenariats public-privé Collaboration entre gouvernements et assureurs pour couvrir les risques extrêmes. La Caisse Centrale de Réassurance (CCR) en est l’illustration principale en France.
Régime CATNAT — taux porté à 20 % depuis janvier 2025 Dispositif créé par la loi du 13 juillet 1982, couvrant inondations, submersions, sécheresse, cyclones, séismes. Le taux de surprime a été porté à 20 % au 1er janvier 2025.
Investissements dans la résilience Renforcement des infrastructures, systèmes d’alerte précoce, barrières anti-inondation. Les assureurs proposent des réductions de primes aux assurés adoptant ces mesures.
RÉASSURANCE
Les défis spécifiques de la réassurance
La réassurance joue un rôle crucial dans la répartition des risques. En 2023, la hausse des primes de réassurance en Europe a atteint +30 à +50 % selon les segments — un niveau inédit depuis 20 ans. Les ouragans Harvey, Irma et Maria en 2017 avaient amorcé cette dynamique, confirmée par les feux en Californie et en Australie.

PERSPECTIVES
Quelle vision du futur ?
IA et big data au service de la modélisation climatique
L’IA aide à identifier des schémas et tendances qui échappent aux méthodes traditionnelles. En 2025, le projet Destination Earth de l’UE vise à développer un jumeau numérique de la Terre pour améliorer la prédiction des événements extrêmes.
Rapport Lavarde : bilan d’application
La commission des Finances du Sénat avait proposé quatre axes : renforcer le financement du CATNAT, améliorer la protection des assurés, encourager la prévention, assouplir les règles d’indemnisation. Le relèvement du taux à 20 % concrétise le premier axe. Les mesures relatives à la prévention et à l’indemnisation restent partiellement appliquées et font l’objet de débats au Parlement en 2025.
Points d’attention
La capacité du fonds Barnier à mobiliser l’ensemble de ses moyens reste une question ouverte, malgré des besoins croissants et bien documentés. Ce point fait l’objet de débats au Parlement en 2025.
Conclusion
Les défis posés par les risques climatiques nécessitent une réponse intégrée de l’industrie de l’assurance. Les assureurs doivent adapter leurs produits et modèles de risque, investir dans la résilience et sensibiliser leurs clients. Les innovations technologiques, telles que l’IA et le big data, jouent un rôle crucial dans l’amélioration de la modélisation des risques. La collaboration entre les assureurs, les gouvernements et les communautés locales est essentielle pour renforcer la résilience collective.

