Le jeudi 26 mars 2026, s’est tenu la 5e édition du Printemps de l’Assurance, et les experts ASIGMA étaient présents !
Animée par Arthur Chabrol (Oliver Wyman), la table ronde a réuni Sarah Bouquerel (CNP Assurances), Christophe Gaudron (Guy Carpenter), Thierry Langreney et Camille Mosse (Mercer). Ensemble, ils ont dressé un tableau des mutations en cours et des réponses à apporter.
Un contexte de hausse des inégalités et des risques
Le point de départ est sans appel : les inégalités face aux risques s’aggravent. Le cadre socio-professionnel conditionne fortement l’accès aux soins, les comportements de prévention (dépistage, dentiste…) et la couverture assurantielle. Parallèlement, certains risques sont en forte croissance : cancers, dépendance liée au vieillissement, et surtout risques climatiques (sécheresse, inondations, grêle). Le système actuel reste trop centré sur le curatif et l’indemnisation, au détriment de la prévention.
Santé : Passer du soin à la prévention
La France investit déjà significativement en prévention (environ 222 €/an/personne), avec de bons résultats sur certains sujets comme la vaccination. Mais des échecs persistent, la campagne HPV n’atteint que 50 % de couverture, et certains publics restent difficiles à toucher (familles monoparentales, populations précaires). Les freins sont souvent concrets : impossibilité de prendre une journée pour un dépistage, éloignement des dispositifs publics du quotidien, manque de pédagogie adaptée. Le vrai enjeu n’est pas financier mais comportemental : il s’agit de changer les habitudes, pas seulement de financer des dispositifs.
Assurance : vers un modèle plus inclusif et solidaire
Le modèle assurantiel actuel montre ses limites. La segmentation croissante des risques menace la logique de mutualisation qui fonde l’assurance. Certains profils — anciens malades, populations précaires ou étrangères — peinent à accéder à une couverture adaptée, notamment en assurance emprunteur. Des solutions émergent : micro-assurance, produits spécifiques, initiatives multilingues (comme celles de La Banque Postale). Des dispositifs de solidarité existent déjà (loi Evin, assurance auto obligatoire, régime CatNat) et doivent être renforcés. L’enjeu est de réconcilier logique de marché et solidarité, pour maintenir un niveau d’assurabilité acceptable pour tous.
Risques climatiques : anticiper plutôt que subir
Le changement climatique représente le défi le plus immédiat. Il augmente la fréquence et la gravité des sinistres et génère déjà environ 1 % d’inflation supplémentaire. La France est particulièrement exposée, notamment via le retrait-gonflement des argiles (RGA) et les épisodes de sécheresse. Face à cela, deux axes s’imposent : l’atténuation (réduire les émissions) et l’adaptation (réduire les impacts). Cela suppose une meilleure modélisation des risques, encore insuffisante aujourd’hui, et le recours à des outils innovants comme les cat bonds ou la réassurance paramétrique, qui permettent une indemnisation automatique selon des seuils prédéfinis.
Données, technologie et prévention : des leviers sous-exploités
Les capacités techniques existent mais restent sous-utilisées. Les données sinistres sont trop peu centralisées et exploitées, et la collaboration avec le monde académique demeure insuffisante. Or, mieux modéliser les risques en amont — en intégrant scénarios climatiques, fréquence et sévérité des sinistres — est une condition essentielle pour agir avant que les dommages ne surviennent. Le rapport de Thierry Langreney plaide pour une approche en trois piliers : prévention, assurance, atténuation, portée par une structure nationale dédiée qui fait aujourd’hui défaut.
Vieillissement : un enjeu structurant à anticiper
L’explosion attendue de la dépendance et des besoins en aidants constitue un enjeu de long terme majeur, encore trop peu intégré dans les stratégies assurantielles. Il faudra mesurer ces risques avec précision, adapter les couvertures et anticiper les parcours de vie pour éviter de se retrouver dépassé par l’ampleur du phénomène.
En résumé, trois convictions fortes ont émergé de cette table ronde : la prévention est le levier le plus efficace et le plus sous-investi ; le modèle assurantiel doit devenir plus solidaire et inclusif ; et le changement climatique redéfinit l’ensemble du paysage des risques, imposant anticipation, innovation et volonté politique.




